2011 oct. 10
Une Aube Nouvelle ~ Chapitre 29.1
11:21 - Par Isilmë - Ěčĺåт(š) Đэ Ĺűйэ - Lien permanent
..~* Attention, ce passage fait partie d'une histoire en plusieurs chapitres, pour lire les autres billets, rendez-vous ici ! *~..
Cécile Corbel - Forbidden Love
Le néant, voilà ce que je
ressentais depuis notre arrivée dans la Moria. Il m’était déjà difficile de
supporter cet endroit que j’évitais autant que faire se peut, la situation
n’arrangeait pas mon angoisse habituelle lorsque j’en franchis la Porte.
Coriolan parlait peu, je sentais sa souffrance et respectais son choix de ne
rien dire. J’étais impuissante dans cette épreuve et ne pouvais qu’accepter sa
décision de ne pas s’ouvrir à moi. De mon côté, mon supplice était différent,
je me sentais déchirée entre mon cœur et ma raison. Je ne savais plus très bien
où j’en étais et lorsqu’il se montrait attentionné avec moi, mes sentiments se
faisaient plus cruels encore.
Je ne cessais de maudire ce sang contre lequel je ne pouvais lutter et avais la
sensation d’être une créature des plus viles. Comment avais-je pu oser dire à
cette personne que j’espérais que son souhait se réalise..
Je me répugnais moi-même.
J’avais toujours eu une estime de moi positive. Durant mes jeunes années, mes
parents s’étaient efforcés de me transmettre les qualités qu’ils jugeaient
nécessaires pour que, ma vie durant, je n’aie pas à m’inquiéter de savoir si ce
que je faisais était bien ou mal. Droiture, honnêteté et fidélité faisant bien
évidemment partie du lot. Ce sentiment lancinant de trahison était donc nouveau
pour moi car, même lorsque j’avais quitté la Dame, je l’avais fait sans aucune
arrière-pensée. J’avais bien évidemment des mauvais côtés, mon impulsivité me
poussait parfois à agir sans réfléchir et les habituelles taquineries de ma
mère avaient teinté mon langage, celui-ci pouvant devenir provoquant voire
mauvais. Il m’arrivait de commettre des impairs, le mélange de culture dans
lequel j’avais baigné amenant parfois quelques confusions. Il m’était
même de temps en temps impossible de dire les choses lorsque je sentais que les
conséquences ne pouvaient pas toutes être contrôlables. Mais tout ceci n’était
rien comparé à l’accablement que je ressentais depuis que j’avais réalisé vers
qui allait mon inclination.
Je restais le plus souvent perdue dans mes pensées, m’occupant de Lossëa et de
mes deux chevaux, nerveux depuis notre entrée sous les voûtes de la Moria.
Malgré la présence de mon compagnon de route avec qui j’avais si facilement
discuté ces derniers temps, je reprenais ma manie de m’adresser à Fanyarë ou
Menelyan. Je leurs avais toujours parlé de tout, comme s’ils étaient capables
de me conseiller. Mettre en mot à voix haute ce qui me perturbait m’avait bien
souvent aidée à y voir clair sur ce que je devais faire. Ces moments - les
seuls où j’abandonnais depuis toujours le westron pour la mélodieuse langue
elfique - ne faisaient que me décourager encore plus.
Quelle solution pourrait-il y avoir à ce nouveau dilemme ? Il n’y en avait pas.
Tout du moins je n’en voyais pas d’autre que de me taire.
Il était visible que mon attitude minait Coriolan, aussi je ne répliquais rien
lorsqu’il proposa de m’emmener dans un endroit qu’il appréciait pour tenter de
“dissiper ma mélancolie”. Le lieu en lui-même était majestueux. Au sein des
profondeurs de la Moria, dans la cour de ce qui semblait être un ancien palais,
se dressait une immense géode d’améthyste éclairée par quatre flambeaux.
Je sentis qu’à nouveau les réactions de mon corps m’échappaient, ce lieu
éveillait en moi le même genre de sensation que j’avais lorsque je passais à
côté de la cheminée de ma chambre. Plus par réflexe que volontairement, je
m’approchai de l’immense amas d’éclats violet. Ici, quelque chose d’important
s’était produit pour mon ancienne moi, quelque chose qui aujourd’hui me brisait
le cœur, me mettant à nouveau face à la triste vérité : celle que j’avais été
n’était plus. La conscience de ces souvenirs manquants me dévora, si bien que
je restai figée devant le monument, subissant les assauts violents de tous ces
sentiments s’ajoutant à ma culpabilité.
Je crus entendre quelque chose à travers le voile de mes pensées. Je me tournai
avec difficulté dans la direction du bruit pour découvrir que Coriolan me
regardait.
- Puis-je faire quelque chose pour vous ?
- Je ne sais pas..
Je pris conscience que quelque chose de mouillé baignait mes joues, j’élevai
mes doigts que je ne sentais plus vers celles-ci pour en effacer les larmes. Je
ne le vis pas approcher, concentrée sur ce que je tentais de faire. Il me prit
doucement dans ses bras et chassa sans difficulté les marques visibles de mon
désarroi.
- Vous allez sans doute encore m’en vouloir, mais je ne vois pas quoi faire
d’autre..
Il me serra un peu plus contre lui avant de déposer un baiser sur mon front
puis sur mes lèvres. Au milieu de ce tourbillon incessant d’émotions, il me
semblait être le seul îlot de calme. Je m’appuyai sur lui, en ayant assez de
lutter contre ce que je désirais ardemment. Je sentis que mon attitude le
bouleversait, en réponse, il me pencha légèrement en arrière et m’embrassa. Ma
surprise fit rapidement place mon envie de répondre à ce baiser. Je
m’abandonnai dans ses bras. Il ne desserra pas son étreinte durant un long
moment. Il me conduisit ensuite près du feu et, tandis qu’il s’éloignait pour
s’affairer à autre chose, je fus noyée par ce que je ressentais, la culpabilité
me lacérant le cœur.
Je me réveillai le lendemain matin sans trop savoir comment je m’étais couchée
ni ce qui s’était produit suite à notre baiser. Coriolan terminait de préparer
notre paquetage, sanglant ses effets sur Fumée. Je me levai en agrippant la
couverture, me rappelant par la même occasion que mon comportement de la veille
n’était pas des plus respectables. Le gardien me parla, je lui répondis par
habitude, n’entendant pas sa réponse, j’avais juste compris que c’était le
dernier jour où nous pourrions nous voir avant des au revoir qui pourraient
très bien se changer en adieux.
Durant notre trajet, le désespoir scella mes mots. Je ne pouvais que tenir sa
main pour me rassurer. Je le sentais parfois se raidir, ce qui rajoutait un
poids supplémentaire à ma détresse. Je n’étais pas capable d’apprécier notre
arrivée dans la XXIe salle, j’étais plus que jamais distraite, perdue dans ces
pensées qui ne me laissaient pas de repos. Coriolan me laissa seule à l’entrée
de l’immense salle tandis qu’il s’occupait de me trouver un guide pour la fin
de mon voyage. C’était là que nous devions nous séparer.
Je vécus notre dernière discussion comme un rêve, répondant par automatisme. Je
m’entendis lui dire qu’il ne devait pas s’inquiéter de moi et seulement de lui,
seule certitude que j’avais depuis longtemps. Peut-être était-ce ma tristesse
qui guida ses gestes ? Il s’approcha de moi et m’embrassa comme il l’avait déjà
fait devant la géode. Ma main se porta vers la fleur que je portais autour du
cou, la douleur de ma trahison se mêlant à la douceur de son geste. Lorsqu’il
s’écarta de moi, son regard fut attiré par mes doigts, un éclair de souffrance
passa dans ses yeux puis il me serra une dernière fois dans ses bras avant de
me souhaiter bon voyage.
Sa disparition au détour d’une rue vainquit les dernières résistances de ma
volonté à tenir ma promesse. Seule au milieu de toute cette effervescence, je
m’effondrai contre Menelyan, laissant les sanglots m’envahir.

Commentaires
Bonus :
Je sentis une main se poser sur mon bras, il me fallut quelques secondes pour comprendre qu'il s'agissait de mon nouveau guide.
- Vous allez bien ?
J'inspirai profondément pour retrouver mon calme.
- Ne vous inquiétez pas, ça va passer.
- Vous savez, les gens vont et viennent ici, vous allez bientôt le retrouver.
Il n'y avait rien à répondre à cela. Je sentais que j'avais besoin de quitter cet endroit au plus vite, aussi, je me contentai de prendre mes chevaux par la bride et de lui demandai de m'amener jusqu'au convoi. Vitilfur m'y conduisit en parlant, me racontant l'histoire de cette salle majestueuse pour me changer les idées. Bien qu'il n'y parvienne pas, j'appréciai cette attention louable et souriai en réponse à ses anecdotes. Lorsqu'il me laissa pour s'occuper des derniers préparatifs de notre voyages, je sortis de mon sac mon matériel d'écriture et rédigeai quelques mots sur le papier que j'avais coutume d'utiliser.
Le Lundi 10 octobre 2011, 14:23 par Isilmë
Il était donc inutile hier de faire l'inventaire de comment Yualë vivait la situation. Je crois qu'il n'est pas vraiment besoin de préciser qu'elle le vit mal et qu'elle ne sait pas comment se défaire de cet amas de sentiments.
Ce chapitre est un miroir du 29, il n'y a donc rien de plus à préciser. J'ai beaucoup aimé le rédiger, il fait parti de mes chapitres préférés, je trouve que l'émotion ressort bien, ce qui n'est pas toujours le cas.
La chanson de Cécile Corbel s'est imposée, je ne la connaissais pas lorsque j'écrivais ce passage, mais lorsque je l'ai entendue, j'ai tout de suite pensé qu'elle était parfaite. Il y a une certaine mélancolie dans cette mélodie, les adieux dans les paroles ajoutent encore à cette tristesse.
Même si, quand on lit une histoire, on se doute ou on espère une fin heureuse, j'ai toujours beaucoup ce genre de passage qui ramènent à la réalité de la vie : Elle n'est pas toujours ce qu'on espère. C'est peut-être pour ça que j'aime tant les histoires qui finissent mal ?
Le Lundi 10 octobre 2011, 20:33 par Isilmë
Comme l'explique Isilmë, ce chapitre montre l'histoire du point de vue de Yualë, son déchirement, ses questionnements.
Et oui, c'est un autre chapitre triste.
Le Mercredi 12 octobre 2011, 00:45 par Yadana