2011 oct. 9
Une Aube Nouvelle ~ Coriolan's Farewell (29)
15:54 - Par Yadana - Ěčĺåт(š) Đэ Ĺűйэ - Lien permanent
..~* Attention, ce passage fait partie d'une histoire en plusieurs chapitres, pour lire les autres billets, rendez-vous ici ! *~..
Coriolan les faisait avancer
avec prudence, en tenant les chevaux par la bride. La plupart du temps, il
était silencieux, comme concentré sur ce qu’il faisait. Il ne lui adressait la
parole que pour s’enquérir de son bien-être et tentait de lui faire oublier la
voûte de pierre au-dessus de leurs têtes en la couvrant de petites attentions.
Ce voyage commun semblait les avoir rapprochés mais Yualë avait toujours l’air
absente. Et son malaise semblait aller croissant à mesure qu’ils s’enfonçaient
dans le royaume des Nains. Il décida de faire un léger détour par le Belvédère
enfoui.
« Je voudrais vous montrer quelque chose, ce n’est plus très loin. Peut-être
que cela dissipera votre mélancolie. »
Elle fit un vague signe de la tête.
« C’est ici. »
Il désignait l’immense géode qui étalait ses scintillements sur toutes les
pierres environnantes. Il s’élevait comme une magie de ce lieu.
Coriolan commença à installer leur campement pour prendre un peu de repos. Sa
tête le faisait souffrir régulièrement, mais il essayait de le garder pour lui.
Il avait fini de s’occuper des chevaux et alla rejoindre Yualë. Elle était
figée devant la Géode, incapable de comprendre les sentiments que cet endroit
ravivait en elle. Des larmes coulaient le long de ses joues et elle ne semblait
pas s’en rendre compte. Le jeune homme était bouleversé, lui se souvenait. Ils
étaient déjà venus ici ensemble, quand il l’avait guidée dans la Moria après
leur première rencontre. Aussi, cette géode brillant de mille feux avait une
signification particulière pour leur amour. Peut-être que l’abattement de
l’Elfe lui venait d’une réminiscence lointaine, cachée au plus profond de son
esprit.
Il se sentait si impuissant... Il s’approcha d’elle et lui parla de sa voix la
plus douce.
« Dame Yualë... Je n’aime pas vous voir dans cet état. Qu’avez-vous ? Puis-je
faire quelque chose pour vous ? »
Elle sortit de sa torpeur et se tourna vers lui.
« Je ne sais pas... »
Elle tenta maladroitement d’effacer ses larmes. Coriolan retira ses gants et la
prit tendrement dans ses bras. Il lui caressa la joue pour en chasser les
larmes.
« Vous allez sans doute encore m’en vouloir, mais je ne vois pas quoi faire
d’autre... »
Il déposa un baiser sur son front puis sur ses lèvres. Elle ferma les yeux et
s’appuya contre lui. Le cœur du gardien était sur le point d’exploser. Elle ne
le rejetait pas. Il tenta le tout pour le tout. Il la pencha légèrement en
arrière et l’embrassa. Surprise, elle se raidit légèrement avant de finalement
répondre à son baiser et de s’abandonner dans ses bras. Coriolan appréciait ces
instants qu’il n’espérait plus. Cependant, il ne voulait pas profiter de l’état
étrange de sa compagne. Alors, il se contenta de la serrer contre lui et
d’essayer de la consoler. Ils seraient bientôt à la XXIe salle et leurs routes
allaient se séparer à nouveau. A cette pensée, il eut un pincement au cœur,
mais il ne pouvait pas se permettre de prolonger son voyage. Il était plus que
temps qu’il fasse examiner son crane douloureux.
Coriolan s’arracha à cette douce étreinte et fit asseoir Yualë près du feu pour
manger. Il se demanda un instant si la magie de la Dame n’était pas encore à
l’œuvre pour l’Elfe soit aussi figée et peu réactive. Son esprit allait-il
reprendre la forme d’une louve ? Il chassa cette idée qui lui parut finalement
hors de propos.
Dans son état, elle ne pouvait pas assurer de tour de garde. Coriolan veilla à
ce qu’elle soit bien couverte et usa du mélange d’herbes de Camellya pour se
maintenir éveillé. Il savait qu’il leur faudrait presser l’allure, il ne
tiendrait plus longtemps.
Yualë refaisait ce rêve. Louve, elle s’approchait de cette maison dans la Comté
qui lui semblait familière. Comme à chaque fois, la vision gagnait en
précision. Elle était désormais sûre que cet homme pleurait et que cette femme
essayait de le réconforter. Pourquoi était-il si triste ? Et pourquoi
souhaitait-elle être à la place de celle qui tentait de le consoler ?
Impuissante, le rêve se poursuivit comme à chaque fois. Comme à chaque
fois...
Quand elle se réveilla, tout était déjà prêt pour le départ. La voyant,
Coriolan lui sourit.
« Nous serons à la XXIe salle dans la journée. »
« Comment pouvez-vous savoir si nous sommes le jour ou la nuit ? »
« Je tiens compte de l’activité de certaines créatures. »
Ils reprirent leur route silencieuse. Dès que le chemin le permettait, Yualë se
plaçait à côté de Coriolan et lui prenait la main. Il espérait juste qu’elle ne
sentait pas son corps se raidir sous l’effet de la douleur.
A l’approche de la XXIe salle, les signes d’une activité naine se
multipliaient. Ils marchaient désormais dans des couloirs sécurisés et gardés.
Ils croisèrent même d’autres voyageurs et des caravanes de marchandises. Le
jeune homme appréhendait le moment de leur séparation mais essayait de ne pas y
penser. Il le fallait.
La grande salle se dévoila. Le plafond était si haut qu’on ne pouvait le voir.
Des cristaux habilement placés éclairaient les voûtes et allées comme en plein
jour. Les écuries générales hébergeaient des centaines de chèvres. Tout le
monde s’activait dans un joyeux vacarme.
Coriolan lui demanda de l’attendre avec les chevaux. Il revint peu de temps
après.
« Tout est arrangé. Vitilfur accepte de vous conduire à la Porte des rigoles
sombres. Ensuite, je pense que vous connaissez le chemin. »
Il désignait un Nain doté d’une barbe rousse tressée. Ce dernier fit un petit
salut de la main et reprit son inventaire.
« Un Nain ? »
« Est-ce un problème ? »
« Non, pas le moindre du monde. Du moins, pas pour moi. Mais lui, comment
l’avez-vous convaincu de me guider ? »
« Parce que vous semblez être une Elfe ? Il s’en moque. Il est même plutôt
amusé de vous voir dans les galeries. Il veillera sur vous, il a juré. »
Yualë avait toujours cet air malheureux et depuis quelques heures elle gardait
le silence et semblait réfléchir.
« Ma Dame, tout va bien ? »
Il n’était pas particulièrement ravi de devoir la laisser, mais il essayait de
tenir son rôle jusqu’au bout. Et quand bien même, le mal lancinant se
propageait sous son crane. Il sentait que la crise en Trouée des trolls n’était
pas passée et voilà qu’elle revenait encore plus forte. La situation empirerait
bientôt, il fallait qu’il lui dise adieu.
« Ne vous occupez pas de moi, votre état devrait être la seule chose à vous
inquiéter. »
Elle avait l’air perdue, ses mots ne semblaient pas être les siens. D’une main
distraite, elle caressait Lossëa nichée dans sa besace. Repensant cette même
main qu’il avait gardé dans la sienne tout au long du trajet, il se demanda si
elle ne regrettait pas, elle aussi, leur séparation. Peut-être était-ce sa
tristesse qui guida ses gestes ? Il la serra contre lui et l’embrassa comme il
l’avait déjà fait devant la géode, elle se laissa faire mais il remarqua en
s’écartant qu’elle serrait convulsivement la fleur qu’elle gardait toujours
autour de son cou.
Il réalisa soudain ce que pouvait impliquer de n’avoir rien dit sur qui il
était. Pour elle, cela devait être comme trahir celui qu’elle avait tant aimé
et pour lui, c’était comme faire face à un nouveau rival. Rival qui n’était
autre que lui-même... Coriolan la serra une dernière fois dans ses bras et lui
souhaita bon voyage. Il ne pouvait rien faire de plus pour l’instant.
Les derniers mètres qui le séparaient de la demeure où il pourrait se reposer
furent les plus difficiles. Petit à petit, sa résistance perdait du terrain
face à la souffrance. Il installa Fumée dans les écuries attenantes, au milieu
des autres montures. Accablé par la douleur, il ne remarqua pas les chevaux qui
mâchonnaient paisiblement des brins de paille.
La porte était un bel ouvrage en bois. Il frappa. Elle s’ouvrit sur un Nain qui
parut ravi de le voir. Il s’effaça pour laisser entrer le jeune homme.
Lorsqu’il franchit la porte, Coriolan ne s’attendait pas à tel comité
d’accueil.
« Coriolan ! »
Nabi lui sauta au cou.
« Laisse-lui au moins le temps de poser ses affaires. »
Le jeune chasseuse fit la moue mais s’écarta et rejoignit les autres. Renawen
portait magnifiquement sa nouvelle robe de pouvoir. Quant à Elanorel, elle
s’était contentée d’un haubert gris. Trois des femmes les plus importantes de
sa vie depuis qu’il avait rencontré Camellya. Une soeur d’adoption, un
professeur et un maître d’armes. Il soupira et se massa les tempes.
« Vous trois, ici... », se contenta-t-il de dire.
Ces trois femmes qu’il ne valait mieux pas se mettre à dos. Elles
l’observaient, chacune à sa façon. Il se sentit un peu mal à l’aise. Soudain,
les questions fusèrent. Seule Elanor restait silencieuse.
« Alors ? »
« Vous vous êtes embrassés ? »
« Elle n’est pas avec toi ? »
« Tu lui as dit ? »
Mais Coriolan ne les entendait plus. Il porta sa main au visage et tout devint
noir. Il s’effondra.

Commentaires
Bonus :
Il y s'était passé quelque chose. Là. A cet endroit. Je me souvenais des sensations que j'avais eu près de la cheminée de ma maison. Ce malaise. Cette impression que quelque chose de très important c'était joué là. Quelque chose que j'avais oublié. Quelque chose qui me faisait regretter de n'avoir pas plus lutter contre Galadriel.
Qu'aurais-je bien pu faire d'autre ? C'était une question qui me hantait. Encore plus maintenant que je subissais les effets secondaires de mon sang. Moi qui pensait qu'il s'agissait d'une bénédiction..
Une voix me sortit de ma torpeur. Coriolan semblait inquiet. Je me demandais ce qu'il ressentait, lui. Je n'eus pas vraiment longtemps à attendre pour avoir la réponse à cette question.
Le Dimanche 9 octobre 2011, 18:52 par Isilmë
La Moria. La Moria !
Contrairement à Isilmë, j'aime énormément la Moria. Il y règne une ambiance particulière. Et ces statues immenses, ces gravures, cette démesure, cette grandeur, cette ingéniosité ! Ah ! J'aime l'architecture naine.
Il y a aussi que j'aime beaucoup tout l'arc qui commence avec ce chapitre, sans doute parce que j'interviens beaucoup plus dans le déroulé des actions.
La Géode est située près du Belvédère enfoui. Il s'agit d'un des plus beaux endroits de la Moria.
J'introduis donc trois de mes personnages en jeu. J'espère vous avoir donné envie d'en savoir plus sur elles
J'espère également avoir réussi à rendre fidèlement les scènes qui se jouaient dans ma tête. C'est toujours difficile de trouver les bons mots alors qu'on sait parfaitement quels mouvements, quelles attitudes ont les personnages.
J'aime beaucoup les Nains que j'ai créés pour le besoin de l'histoire (j'ai beaucoup de sympathie pour les Nains en général). A suivre
Le Dimanche 9 octobre 2011, 23:20 par Yadana
Ah ! Pardon, j'ai parlé de la Géode mais je n'ai pas parlé de la scène du baiser. Enfin, des scènes des baisers.
Il y a une dimension terriblement dramatique et émouvante dans ce chapitre. Et cela passe en partie par ces deux scènes. Coriolan arrive en quelque sorte à ses fins en pouvant l'embrasser mais n'obtient pas l'effet escompté. Au final, ils sont tous les deux très tristes, voire désespérés. Quand il se rend compte que, malgré tout ce qu'elle a pu dire (relire les chapitres 21, 21.1 et 25), elle s'accroche à ses souvenirs oubliés donc à lui, sans le reconnaître. Une blessure supplémentaire, donc.
Ce sont en même temps deux très beaux baisers, en particulier celui de la Géode. Une sorte de baiser de cinéma, en quelque sorte.
Ajoutez à cela les maux de tête de Coriolan et le drame est complet.
Le Dimanche 9 octobre 2011, 23:46 par Yadana
Des précisions concernant la Moria. Ce n'est pas que je n'aime pas la Moria, c'est surtout qu'entre mon arrivée à l'intérieur et mon départ avec Yualë, il s'est écoulé plusieurs mois. L'endroit en lui-même est magnifique, même s'il joue définitivement sur mes nerfs concernant mon piètre sens de l'orientation et ma faculté à me perdre alors qu'il suffit d'aller tout droit. Voilà les défauts de la Moria pour moi, mais je me porte bien quand je m'y rends (Yualë, non).
Ceci étant, ce n'est pas la pire "phobie" (avec de GROS guillemets) que j'ai donné à l'un de mes personnages. Je n'oublie pas qu'avant que Flamess ne passe des heures à apprendre à Bastet à dompter sa peur, elle ne pouvait pas approcher de l'eau. Cela donnait lieu à des scènes proprement comiques lorsque je devais me rendre avec elle dans certaines zones. De la même façon, il y avait un Raid Boss que Bastet ne pouvait pas tuer (pour faire court, en RP il était l'un de ses anciens amis), j'ai été amenée une fois à le faire avec un groupe. J'ai fait foirer l'attaque, refusant de m'y joindre et m'opposant aux autres, soutenue par Sygfried et Valeas qui étaient présents ce jour-là.
Je ne dirai rien sur les sentiments de Yualë car nous en saurez bientôt plus. J'ai aimé découvrir ce que Yadana avait l'intention d'écrire et participer à certains petits passages (notamment le second baiser ♥ ).
Je trouve les baisers très touchants. Nous avions décidé dès le début qu'il y en aurait au moins deux, dont un avec un rejet manifeste. Disons que le premier est la suite logique de ce qui se passe et le second ramène Coriolan à la dure réalité : En ne disant rien, il s'oppose à lui-même, il devient son propre rival.
Il y a une dimension tragique dans ces deux baisers, Coriolan et Yualë menant des combats différents qu'ils ne peuvent gagner les amenant à se blesser l'un l'autre.
Quelque part, je trouve ce chapitre encore plus triste que le 21..
Le Lundi 10 octobre 2011, 00:13 par Isilmë
@Isilmë
Je crois effectivement que nous sommes au summum de la tension dramatique de cette histoire
Le Lundi 10 octobre 2011, 00:18 par Yadana