..~* Attention, ce passage fait partie d'une histoire en plusieurs chapitres, pour lire les autres billets, rendez-vous ici ! *~..


Amaterasu_-_Deuil.pngLlewellyn s'arrêta devant la porte le séparant de la chambre de sa femme. Il hésitait encore à frapper au point que la tension qu'il ressentait était presque tangible, résolu cependant à ne pas laisser l'indécision diriger ses choix, il entra dans la pièce. Comme les précédents jours, Amaterasu semblait absente, elle faisait face à une nuée de bougies qui encadraient une statuette représentant Eva. Il soupira silencieusement, pour lui la dévotion à une divinité quelconque n'avait aucune influence sur la destinée de qui que ce soit.

- Amaterasu..

Elle se retourna, superbe créature drapée dans un voile de tristesse et, comme toujours, il en eut le souffle coupé. Après tout, s'il l'avait épousée c'était parce qu'elle lui faisait irrémédiablement cet effet là. Il lui sourit avec douceur et lu dans ses yeux le dilemme qui l'habitait depuis la mort de sa sœur. Il ne pouvait pas lui en vouloir, il était responsable de la situation et, même s'il aurait tout fait pour changer le passé, il ne pouvait rien faire d'autre que de la soutenir et de faire des recherches.

- Que veux-tu ?
- Bastet nous attend pour dîner.
- Dis-lui que je n'ai pas faim.
- Non.

Elle fronça les sourcils, la balance pencha brusquement du côté de la colère. Elle gronda.

- Sort de ma chambre.
- Non. Tu peux t'emporter autant que tu veux, tu viendras manger avec nous ce soir. Cela fait deux jours que tu n'as rien avalé.

Il sentit qu'elle pesait le pour et le contre. Il ne lui laissa pas le temps de faire un choix, il lui prit la main et la força à traverser les couloirs jusqu'à la salle commune, il ne la lâcha qu'une fois devant la grande table centrale.

- Je suis heureuse que vous nous fassiez l'honneur de votre présence, Amaterasu.

Mise au pied du mur, Amaterasu s'inclina devant Bastet.

- Pardonnez mon comportement.. Je..
- Vous n'avez pas à vous excuser, nous savons tous ce que vous traversez. Amaterasu, vous devez avoir confiance.. Tout ira bien..
- Je ne sais pas comment vous faites pour prendre les choses de façon aussi.. Positive.
- Je considère que je dois faire le nécessaire pour perpétuer la volonté de votre sœur et je sais que, pour ce qui est de la ramener à nous, je ne peux rien faire. Alors je me focalise sur ce en quoi je peux être utile. Je sais que la tristesse vous accable mais vous devez cesser de tourner en rond dans votre chambre.. Vos connaissances pourraient nous aider à trouver une piste quant à ce qui pourrait être possible pour l'aider.

Amaterasu vacilla, malgré la tendresse qu'elle percevait dans sa voix, Bastet venait de mettre face à la cruelle vérité : Les prières ne changeraient rien et elle ne faisait pas ce qu'il fallait. Elle hocha la tête.

- Je suis désolée.
- Personne ne vous reproche rien..

Bastet sourit gentiment.

- Bon retour parmi nous.

Amaterasu s'installa à table entre Arkel et Lychee, Llewellyn prit place en face d'elle. Ils mangèrent en évoquant le départ d'Aghamyr et d'Aliendrin.



..~*~..



Nous avions parcouru le chemin qui nous menait à Giran rapidement. Bastet avait mis dans le paquet deux billets qui nous avaient permis de traverser les mers à bord d'un bateau aussi rapide que confortable. Retrouver le port de la grande ville n'avait pas été un soulagement, c'était plutôt l'inverse, nous n'avions pas encore finalisé les détails du plan qui allait nous permettre d'infiltrer les registres de la Guilde, mais nous savions déjà que j'allais rencontrer notre chef seul.

La Guilde se trouvait en dehors de la ville, du côté du château, ce n'était ni une bâtisse, ni une grotte, ni même un lieu qui ressemblait à une habitation. C'était seulement une faille qui menait à une ville souterraine que l'on n'aurait jamais pu découvrir sans savoir où elle se trouvait. Personne ne venait dans cette région désolée. Les statues humaines laissées par Méduse étaient un moyen sûr de repousser les plus aventureux. La première fois que j'y avais été emmené, je m'étais dit que ce secret donnait plus une impression de noirceur que de justice. Aujourd'hui, je me disais que j'aurais dû me fier à ma première impression.
Affronter le maître des lieux allait être compliqué, d'abord parce qu'il était d'un naturel perspicace, ensuite parce qu'il ne supportait pas la trahison. Je savais également que j'allais devoir trouver un moyen pour permettre à Aliendrin de s'occuper des registres. Nous n'allions pas avoir de seconde chance.
Je descendis l'escalier qui menait à la cité qui s'étendait telle une immense toile d'araignée rougeoyant dans les ténèbres, Aliendrin se trouvait à quelque pas derrière moi, observant le paysage familier en silence. Nous savions l'un et l'autre que c'était la dernière fois que nous venions en ces lieux, tout du moins la dernière fois en étant des "alliés".
Comme à chaque fois que mon pied se posait sur la dernière marche, je ressentis un mélange de satisfaction et de tranquillité, bien que je revienne ce jour-là pour une autre raison que pour signaler que mon travail était correctement accomplit, je ressentais tout de même l'effet que la ville faisait à tout être entrant en ses murs.

Je n'eus pas à donner mon nom ni même à parler à qui que ce soit, chacun connaissait ici le meilleur assassin à la solde de la Guilde et personne n'aurait osé se mettre en travers de sa route. Lorsque j'y songeais, Aliendrin, Valeas, Morrigan et Llewellyn avaient été choisi pour des raisons bien précises. Nous formions une équipe qui rendait les missions impossibles presque faciles. Morrigan était le chaînon qui nous manquait mais elle était également celle qui nous avait toujours divisés par ses manigances et autres illusions. Elle pourrait être remplacée par quelqu'un ayant les mêmes capacités. Peut-être que Bastet pourrait prendre cette place ? Ses connaissances et ses facultés pourraient être utiles.. En pensant à Bastet mon esprit associa aussitôt Valeas à la présence de la Sombre ; sous ses allures apaisantes, c'était le plus fin stratège que je connaissais, doué avec les armes, doué avec les mots, un peu trop imbu de lui-même certes, mais c'était légitime. Après tout, il était le meilleur quand il s'agissait de convaincre les gens. Savoir qu'il avait prêté allégeance aux Lunae Candentia me faisait bizarre, lui ? Obéir à quelqu'un ? Impossible. Quant à Aliendrin, c'était le meilleur voleur que j'avais eu l'occasion de rencontrer, que ce soit pour pénétrer dans un lieu, y dérober quelque chose ou falsifier un document, rien ne pouvait lui résister, il était doué mais ce n'était pas son unique qualité : Il avait également une mémoire quasi infaillible qui le rendait indispensable à la mission qu'ils s'étaient confiés. Et Llewellyn.. Il n'y avait pas plus fin tireur, rapide et précis il pouvait atteindre n'importe quelle cible. Qu'il ait raté la gorge d'Isilmë était étrange. Cela ne lui ressemblait pas. Avait-il perçu quelque chose à ce moment-là ?
La porte en face de moi fut ouverte par deux gardes, me laissant entrer dans le saint des saints.

- Aghamyr. Quelle bonne surprise, je t'attendais un peu plus tôt.

Je m'inclinais respectueusement malgré mon dégout.

- Il y a eu quelques complications Sire Ramenklàr.
- Que toi et tes amis n'aviez pas prévu ?
- Que nous ne pouvions envisager en effet.
- Et quelle en a été la conclusion ?
- La mort.

Quelque part je ne mentais pas, sauf que je ne parlais pas de la bonne personne.

- Et tu es revenu seul ?

Penser à Isilmë avait fait monter en moi une vague de chagrin, j'utilisais celle-ci pour regarder Ramenklàr dans les yeux.

- Aliendrin est avec moi. Mais les autres..

Il me jaugea et dû trouver mon expression convaincante.

- Je n'aurais jamais cru que cela t'affecterait. Je savais que ça allait arriver. La perfection n'existe pas. Leur disparition était prévisible.
- Je doute d'arriver à m'habituer à une autre équipe.
- C'est bien pour ça que tu vas maintenant opérer seul.

Je hochais la tête, cela allait être difficile, mais je n'avais pas le choix. Il fallait que je reste fidèle dans ma trahison.

- Tu peux disposer. Un messager te tiendra au courant pour ta prochaine mission.

Je m'inclinais et sortis. Je savais qu'il allait me faire surveiller pendant un moment, je n'avais que le temps qu'il donne ses ordres pour aider Aliendrin aussi je me dirigeais vers l'immense bibliothèque où étaient soigneusement classés les documents concernant tous les êtres ayant un quelconque intérêt pour la Guilde. Vu le nombre d'informations entreposées dans les rayonnages beaucoup de personnes étaient surveillées ou risquaient d'être assassinées prochainement. Curieux, je cherchais dans les registres ce qui me concernait, personne ne m'arrêta lorsque je pris l'ouvrage entreposé sur l'une des étagères ni lorsque je m'installais tranquillement à une table, le titre bien en vue. J'eus du mal à me retenir de sourire en constatant que cela avait exactement l'effet que nous avions escompté, l'attention était maintenant focalisée sur moi ce qui laissait le temps à Aliendrin d'effacer tout ce que nous avions prévu : Bastet, Valeas, Llewellyn, Amaterasu, Isilmë, toutes les personnes proches des Lunae et l'existence du clan lui-même. Il avait peu de temps, mais il était doué et avait passé le voyage à créer les ouvrages de remplacement. D'ailleurs, le livre que j'avais entre les mains était un faux dans lequel nous avions soigneusement effacé toute trace compromettante. Valeas avait eu une idée de génie en proposant ce plan, bien sûr, Aliendrin connaissait la bibliothèque comme sa poche pour y avoir déjà consulté tous ces ouvrages sans que personne ne s'en rende compte, il avait même pris le temps de faire un plan des lieux en cas de besoin.
Lorsque les gardes s'approchèrent pour me reprendre le livre, Aliendrin avait déjà remplacé la majorité des documents, je me laissais faire sans rien dire, prenant un air perdu de circonstances. Je savais que les gardes allaient parler de cela à Ramenklàr, je savais également qu'il allait me soupçonner d'avoir tenté de retirer des informations sans même se douter que ce que ses sous-fifres venaient de récupérer était un faux. Je sortis de la bibliothèque sans protester.
Comme nous l'avions prévu, Aliendrin était déjà en train de partir de la ville, son précieux chargement avec lui. Quant à moi, je devais rester là, le temps que les choses se tassent, pour faire illusion. Je rentrais chez moi, le lieu était vide, au sens propre comme au figuré, il n'y avait dans la pièce qu'un lit, un fauteuil et une petite table sur laquelle était posé un vase vide. D'aussi loin que remonte ma mémoire, il avait toujours été ainsi. J'avais longtemps cru que le dépouillement de ma chambre était le reflet de mon absence d'âme. Je savais aujourd'hui que ce n'était pas le cas.
Tranquillement, je m'assis dans le fauteuil. Maintenant il me fallait attendre. Mes amis allaient me sortir de là, je le savais.