..~* Attention, ce passage fait partie d'une histoire en plusieurs chapitres, pour lire les autres billets, rendez-vous ici ! *~..


Aghamyr_-_Assassin.pngIl n'avait pas mis longtemps à les retrouver, elles étaient trois dont une sortait d'un séjour prolongé dans le désert, lui était seul sans bagages aucun sinon un petit sac contenant la majorité de ses effets personnels. Il les suivit durant un moment, s'amusant à les devancer puis a longer leur chemin. Le loup vint très vite à sa rencontre, il l'observait de ses yeux d'un bleu presque blanc mais ne s'était pas encore décidé à l'attaquer, l'animal était trop superbe pour que lui-même ait envie de lui porter le moindre coup. Il avait décidé de ne pas agir avant que les voyageuses ne se soient séparées, il se moquait de les achever toutes les trois, mais la perspective de devoir tuer une bête aussi belle le dérangeait, il pensa à plusieurs reprises qu'il était sans doute étrange de voir les choses de cette façon.

Ce petit manège dura quelques jours, elles n'étaient pas encore sorties du Marais ce qui signifiait qu'elles n'avaient pas de carte et qu'au moins l'une d'entre elle avait un sens de l'orientation déplorable. C'est par ennui qu'il commença à jouer avec le feu, quoi que le feu ici ne manquait pas. Il caressa la fourrure du loup, fourrant son visage entre ses poils pour sentir son odeur sauvage mêlée à celle plus sucrée de sa propriétaire. Il s'amusait à s'approcher avec lui des jeunes filles avant de partir discrètement et il faisait son campement non loin d'elles pour les écouter parler. Il n'avait aucune envie de prendre part à leur babillage, mais il aimait les écouter raconter des histoires, ce qu'elles faisaient souvent le soir auprès des braises. Il s'installait confortablement dans une ornière et laissait leurs voix le bercer jusqu'au sommeil.

Le jeu finit par prendre des allures de brasier, il se montrait plus effronté et faillit se faire prendre à plusieurs reprises. Il se résolu à arrêter son manège mais pas avant d'avoir tenté un dernier test.

Ce soir-là, il s'approcha à pas feutrés du campement, il faisait noir et le Marais semblait avoir endormi leur vigilance : Cela faisait bien longtemps qu'elles ne prenaient plus garde aux ombres alentour et aux nuages de fumée ou de poussière. Profitant de cette faille dans leur prudence, il s'installa contre le loup pendant qu'elles organisaient le campement, il resta là sans bouger, prenant le moins de place possible et respirant à peine, grisé par la sensation d'être aussi proche de sa proie sans que celle-ci ne se doute de sa présence.
Il les écouta parler le soir, la Sombre raconta des légendes sur un monde ancien qu'il n'avait pas connu, un univers où Shilen et Eva étaient des sœurs unies qui partageaient les mêmes facultés. Il se dit qu'il n'avait en réalité jamais entendu parler d'un pouvoir commun ni même de tout ce qu'elle racontait et que pourtant ça ne manquait aucunement d'intérêt. Pendant longtemps, il avait rêvé d'un monde similaire, un monde où chacun aurait sa place en respectant celle des autres, il avait œuvré pour cela pendant des années mais avait la sensation qu'il glissait à présent sur une pente où l'unité avait fait place au néant. Ses pensés l'avaient amené bien plus loin qu'il ne l'avait escompté, il se refusait à s'avouer qu'il y avait bien longtemps qu'il avait dévié de sa route, que le chemin qu'il empruntait à présent avait quitté la lumière. Il avait trahi sa promesse.
Il chassa loin de lui les images qui lui venaient en trop grand nombre et s'obligea à agir. Agir, le remède contre le remord.
Il n'y avait plus un bruit, si ce n'est celui de la respiration calme des vies fragiles qui l'entouraient. Mu par la volonté de se changer les idées bien plus que par la curiosité, il fit quelques pas au milieu du campement, les trois jeunes femmes dormaient, ignorantes de la visite qu'elles recevaient en pleine nuit et il se demanda ce que sa proie avait bien pu faire pour qu'on envoie quelqu'un achever son Destin. S'écartant d'elle, il se dirigea vers la première de ses compagnes et détourna immédiatement les yeux, sa peau claire et ses long cheveux lui rappelaient de mauvais souvenirs, ses yeux se posèrent sur sa réplique. Il resta un moment interdit puis regarda les jumelles l'une après l'autre, n'osant croire à ce qu'il voyait : Quelles étaient les chances pour que cela arrive à deux reprises ?

Pendant un moment, il eu très envie de fuir, de s'en aller loin de tout ça pour éviter de réfléchir et de replonger dans ses souvenirs. Il resta comme cloué sur place, regardant l'elfe qui s'était lovée entre les pattes du loup, il fit un mouvement de la main dans sa direction avant de se forcer à fermer les yeux, reprenant le contrôle de sa respiration qui s'était emballée.
Lorsqu'il rouvrit les yeux, le carnassier le regardait, comme s'il comprenait ou savait ce qu'il se passait. Il s'approcha et caressa le museau de l'animal qui le lécha en retour. Mal à l'aise, il posa un genou à terre et prit la couverture entre ses doigts pour la retirer doucement.

Bien qu'elles soient jumelles il savait qu'elles étaient différentes, il fit barrage à tout ce qu'il pouvait ressentir et effectua une inspection minutieuse de ce qu'il voyait. De longs cheveux blond presque blanc dont il distinguait la légère coloration rosée sous la Lune, un visage pâle et fin, un menton volontaire, des yeux ourlés de long cils plus sombres que ses cheveux et des yeux qu'ils savaient être d'un bleu-vert très clair. Il prit sa main droite et la garda un moment dans la sienne, repoussant le plus possible l'instant qui serait décisif. Tout ceci ne pouvaient être que des coïncidences, il lui fallait un élément plus consistant pour connaitre la vérité et il ne savait pas vraiment s'il voulait l'affronter.
A force de tergiverser il avait laissé filé les heures, il entendit soudain le bruit de la vie qui s'éveille à nouveau au soleil. Prenant une décision, il retourna la main et laissa ses doigts parcourir la courte estafilade partant de la base de la paume pour terminer sa course au milieu du poignet.

Il partit avant qu'elles ne s'éveillent. Il avait eu ses réponses.

Loin de lui offrir une solution, cela le plongea dans la plus grande incertitude.