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Les jours qui suivirent me semblèrent tout droit sorti d'un rêve, je ne faisais que manger, dormir et poser des questions à Harle qui répondait à chacune d'entre elles par un sourire et un "nous aurons tout le temps de parler quand tu seras redevenue toi-même". Mon impatience grandissait avec les jours mais elle m'opposait toujours cette réponse. Elle me permit de choisir au sein de sa garde robe les vêtements qui manquaient à la mienne, malgré les trésors d'ingéniosité que j'avais déployé pour protéger mes affaires, il ne restait d'elles qu'un tas de lambeaux en piteux état entouré d'un paquet de lambeaux dans un état encore pire. De tous les trésors que j'avais apportés avec moi, seul le livre de prières était encore dans un état décent.
Avec les jours, je devenais de moins en moins pressante et je retrouvais petit à petit le calme qui faisait parti de mon caractère. Harle ne faisait pas que m'apporter ce qui était nécessaire à ma survie, elle se chargeait aussi de m'offrir le soutien spirituel dont j'avais besoin pour reprendre confiance en moi. S'il est des questions auxquelles elle refusait de répondre, c'est qu'elle estimait qu'il était encore trop tôt pour m'apprendre certaines choses, mais elle acceptait volontiers de m'apprendre ce que j'ignorais sur l'histoire de mon peuple, des Dieux et de nos terres. Durant des années j'avais été complètement coupée du monde, mon Maitre ayant veillé à ce que je ne sache rien des conflits qui remuait alors le ciel et la terre.
J'appris ainsi que si le Temple dans lequel je vivais était un havre signifiant la paix au monde environnant, cette paix n'allait pas plus loin que l'enceinte qui encerclait le bâtiment. Le feu et le sang faisait partie de la vie au-delà du mur qui figeait l'existence de ceux qui avaient choisi la voie de la prêtrise. J'appris que les Dieux n'étaient pas parfait, que chacun d'entre eux pouvait faire des erreurs et que ces erreurs s'étaient transmises à leurs créations.
Si mon Tuteur désirait de moi l'impossible, ce n'était pas pour m'aider, me soutenir ou me pousser à m'améliorer, ce n'était que pour me détruire.
Dès lors, je commençais à m'interroger sur les véritables intentions de cet homme. Malgré mes expériences passées, je ne comprenais toujours pas les motivations poussant un être à commettre des actes mauvais envers une autre personne. Je restais de longues heures à me demander si la nature belliqueuse des Dieux n'avait pas finalement pervertis la volonté des créatures qui étaient les leurs. Je finis par parler de mon dilemme et de mes questionnements à Harle.

- Harle.. Je ne comprends pas certaines choses.. Pourquoi ai-je vécu cela ? Pour quelles raisons les hommes ne comprennent-ils pas que leur haine aveugle les mène seulement à leur perte ? Pourquoi certains d'entre eux cherchent à dominer les autres ?

Harle me sourit comme à son habitude, je m'attendais à ce qu'elle m'indique que je n'étais pas prête à entendre ses réponses, mais au lieu de ça elle me pris le visage entre ses mains.

- Isilmë, tu dois comprendre que l'imperfection de l'homme le rend jaloux de tout ce que l'autre possède de parfait. Regarde-toi, tu es une jeune femme d'exception, Eva t'a élue pour être l'une de celle qui dansera pour elle pour l'éternité, ce Destin peut rendre les gens agressifs envers toi. La haine n'est aveugle qu'aux yeux de ceux qui ne la comprenne pas, la jalousie est le moteur de bien des choses, elle est de pire don que les Dieux nous ont offert, notre malédiction avec laquelle nous devons apprendre à vivre puisque nous ne pouvons la combattre..

Je me mis à pleurer en me souvenant de l'envie que j'avais eue d'être aussi parfaite que Harle. Elle avait la sagesse qui me manquait, ce savoir qui la porterait toujours plus loin que je n'irai jamais et la jalousie qui m'étreignait le coeur me blessait encore plus après les mots qu'elle avait prononcés.
Harle ne dit rien, je savais qu'elle lisait au plus profond de mon âme tout ce que je ressentais. Après un long silence, elle prit de nouveau la parole.

- Je sais.. Il est difficile de lutter contre toutes ces choses qui nous assaillent.. Mais si tu es venue à moi, c'est pour t'affranchir de ce que tu es.

Elle sécha doucement les larmes qui continuaient de couler sur mon visage.

- Prêtresse d'Eva, je t'apprendrais à voir avec ton coeur et à n'appartenir qu'à toi-même afin que tu sois prête à vivre ce que l'avenir te réserve.
- Vous savez tellement de choses..

Elle me regarda un moment avant de secouer la tête puis elle se redressa et me prit la main.

- Il faut que je te montre quelque chose..

Elle me conduisit dans la salle où je l'avais rencontrée, les écritures luisaient doucement et je reconnus l'endroit qui avait attiré mon attention. Elle m'amena devant le mur où étaient inscrit ce que j'étais, ce que j'avais été et ce que je serai.

- Il faut que tu lise.

Je lui lançais un air interrogateur, ne comprenant pas pour quelle raison obscure elle avait finalement changé d'avis. Elle se contenta de faire un mouvement de tête vers le mur.