..~* Attention, ce passage fait partie d'une histoire en plusieurs chapitres, pour lire les autres billets, rendez-vous ici ! *~..


Durant plusieurs jours je marchais droit devant moi. Mes vivres s'étaient taries depuis longtemps, je ne vivais plus qu'en mangeant de la neige et en luttant avec toute la force que m'avait donné Eva. Je me disais qu'il s'agissait là d'une autre épreuve, je devais me battre pour prouver que j'avais retrouvé ma volonté et celle qui avait été moi.. Elle serait difficile, comme chacune de celles que j'avais affronté, mais je n'aurais que plus de mérite par la suite à louer son nom. Les jours et les nuits ne se différenciaient que par la présence ou l'absence d'étoiles et je nommais chacune d'entre elle le soir lorsque j'avais trouvé un lieu pour protéger ma carcasse harassée. Je savais qu'il me serait impossible de passer l'hiver à l'extérieur, d'autant que celui-ci n'en finissait pas d'être rude, mais il m'était impossible de revenir en arrière. Je n'avais eu que très peu d'occasion de quitter le Temple, et la connaissance des lieux de refuges me faisait cruellement défaut.
Chaque soir et chaque jour, ces pensées me venait en tête, la faim ne me taraudait pas car j'étais habituée à jeûner, je pensais seulement au prochain pas qu'il faudrait faire et à la direction vers laquelle il fallait que je le dirige afin qu'il me conduise vers le salut.
Mes espoirs furent plusieurs fois déçus, mais un soir, alors que la tempête faisait rage et que je n'avais trouvé nul endroit pour me protéger, je chutais en butant sur une pierre. Curieuse de savoir ce qui avait pu ne pas être complètement ensevelis malgré la neige qui continuait encore de tomber, je me mis à genoux et tentais d'arracher la pierre à la poudreuse. Mes mains découvrirent alors une masse importante qu'il me serait impossible de dégager si je ne m'aidais pas d'un ustensile.

Je sortis un bol que j'avais apporté avec moi et commençais à creuser frénétiquement, j'avais l'intuition que ce lieu allait être d'une importance capitale et qu'il me fallait absolument découvrir ce qu'il refermait. L'effort fut d'abord difficile, puis la neige finit par former une bulle autour de moi et je pu continuer de fouiller le sol, dégageant petit à petit les restes d'une colonne qui avait dû être immense par le passé. Au fur et à mesure que je descendais plus profondément dans la neige, je voyais celle-ci briller d'un étrange éclat bleu et je fis tout pour découvrir le trésor que renfermait visiblement ce lieu.
Mes efforts furent finalement récompensés, je n'avais jamais eu aussi chaud ni aussi faim de ma vie, mais cela en valait la peine. J'avais découvert une dalle au sol fermée par un sceau que je connaissais bien. Mes doigts parcoururent machinalement le symbole de ma Déesse et je récitais avec ferveur la formule qui me permettrait de prouver mon appartenance au culte et ainsi d'entrer dans le lieu sacré qui se trouvait ainsi enfoui dans ces ruines. Lentement, je sentis la magie du sceau scruter mon âme avant de me laisser glisser à l'intérieur du lieu qu'il protégeait.

Mes yeux n'eurent pas à s'habituer à l'obscurité, c'était comme si ce lieu avait attendu qu'on le découvre et avait dormi patiemment jusqu'à ce jour-là. Autour de moi, les murs luisaient de la même lumière bleue et des écritures ressortaient sur les murs. Mes études m'étaient utiles, je pouvais comprendre une grande partie de ces textes anciens parlant de l'histoire de notre peuple. Je m'arrêtais cependant intriguée devant le récit qui semblait être l'exacte réplique de ma propre vie. Surprise, je continuais ma lecture qui retraçait la fuite dans la neige, la quête d'un abri, la descente vers ce Temple jusqu'à mon expression surprise en lisant ces mots. Je ne su que pensais et décidais d'aller un peu plus loin voir ce qu'il était écrit.
La jeune femme qui semblait être moi rencontrait une certaine Harle qui lui demandait..

- Êtes-vous surprise ?

Je sursautais car je n'avais même pas entendu la femme approcher. Instinctivement je me tournais vers le mur afin de savoir si c'était bien là les mots qui y étaient inscrit.

- Ne vous donnez pas cette peine, vous avez bien compris quel était ce lieu..

Elle toucha le mur et se plaça entre lui et moi de telle sorte que je ne pouvais continuer ma lecture.

- Cependant il ne vaut mieux pas savoir ce que l'avenir vous réserve.. Autant le découvrir en vivant de formidables aventures.

Elle me fit un sourire engageant, je décidais de la croire et de m'écarter de cet endroit qui m'hypnotisait pourtant. Elle me prit alors la main et me guida ailleurs avant que j’aie eu le temps de réagir. Elle me conduisit au travers diverses salles plus majestueuses les unes que les autres jusqu'à une minuscule cuisine où se trouvait une table emplie de victuailles. Malgré mon éducation, je ne pus m'empêcher de me ruer sur la nourriture tant celle-ci avait réveillé ma faim, et ce n'est qu'après avoir engloutit la quasi totalité d'un poulet que je pus de nouveau dévisager l'étrangère - Harle si j'en croyais le mur - qui s'était contentée de s'installer à mes côtés pour me regarder.
Le lieu étant plus éclairé, je découvris que son visage et ses cheveux ne ressemblaient pas à ceux que l'on voit habituellement chez les elfes bien que ses origines étaient sans conteste elfiques. Elle avait la peau beaucoup plus sombre que la normale, sur son front brillait un sigle changeant du même bleu que celui qui couvrait les murs et ses cheveux clairs changeaient constamment de couleur. De nouveau, j'eus la sensation de ne pas être à ma place aux côtés de cette si belle créature et je rougis de honte en constatant que mon aspect était son opposé.
Si elle su ce que je pensais, elle n'en dit rien et me laissa l'inspecter sans vergogne même si je manquais à la plus élémentaire des politesses.
Une fois que je fus rassasiée du spectacle de beauté qu'elle présentait et que j'eus lutté contre mon sentiment d'infériorité, je lui fis un timide sourire auquel elle répondit immédiatement par la plus éblouissante expression de joie que j'avais pu voir. J'avais mille questions à lui poser sur elle et ce lieu, mais avant que j’aie pu dire quoi que ce soit, elle se leva et me prit de nouveau par la main.
Cette fois elle me conduisit dans une salle où une baignoire occupait la place centrale, sans cérémonie, elle me retira mes loques et me plongea dans l'eau mousseuse. Ce fut elle qui me lava de ses doigts si merveilleusement parfait, j'avais l'impression de commettre un sacrilège en la laissant se salir les mains avec la crasse de ma peau, mais elle résista à chacune de mes protestations, écartant les mains que je lui opposais avec une facilité déconcertante.
Je finis par accepter ce que j'estimais comme un cadeau non mérité et me détendis tandis qu'elle se chargeait de me rendre peu à peu ma dignité perdue. C'est quand elle passa doucement un peigne dans mes cheveux que je m'endormis.