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Mon pressentiment ne fit qu'empirer avec les jours qui défilaient, il ne se passait rien de particulier mais j'avais l'impression que l'air se faisait plus dense et plus lourd, comme annonciateur d'un orage. Je tentais de trouver la paix dans ma chambre en lisant le recueil ou en exerçant mon art cachée de la vue des autres, sans succès. J'avais peur et ce sentiment m'étreignait à chaque instant jusqu'à m'étouffer.. Je semblais être la seule à ressentir ce malaise, le Temple continuait de baigner dans son effervescence habituelle, je me sentais comme détachée de ce monde et rejeté par lui, la quiétude qui se dégageait naturellement de l'endroit me semblait interdite, j'étais comme une étrangère perdue en pays inconnu.
Lorsque je n'étais pas dans ma chambre à m'occuper l'esprit ou en train d'officier, je errais hagarde comme un pantin sans âme, je continuais de répondre aux sourires par d'autres sourires, mais la surface ne reflétait pas le vide et la détresse que je ressentais.
Lorsque mes inquiétudes s'avérèrent fondées, cela fut presque plus un soulagement qu'une souffrance.

Un matin, alors que nous étions tous réunis afin de partager notre premier repas de la journée, mon Maître vint s'installer parmi nous. Il parla quelques minutes avec les personnes qui l'entouraient avant de hausser le ton pour s'adresser à moi.

- Isilmë !
- Oui, Maître ?
- N'as-tu pas remarqué que tu as fait une erreur durant la dernière cérémonie ?

Interloquée, je ne su que répondre, en temps normal il me convoquait à son bureau afin de me faire part de ce qui n'allait pas dans mes gestes et mes propos en publique. Il me regarda, l'air sévère, attendant visiblement une réponse. Je me contentais de secouer la tête tout en ayant l'air d'être une gamine prise en faute. Il se leva, fit le tour de la table, me prit la main pour me forcer à me relever puis il entreprit de reprendre certains mouvements avec moi en me faisant bouger comme une poupée de chiffon. Il répéta chaque mouvement plusieurs fois et semblait à chaque fois dépité de ce que j'étais capable de faire, ce n'était pas assez bien, je n'étais pas capable de faire les mouvements correctement.. Son manège dura le temps du repas tandis que les autres gardaient les yeux fixés sur nous, et surtout sur moi. Au final, il sembla abandonner et me repoussa sur ma chaise en me regardant avec dégoût.

- Tu ne vaux décidément rien, je me demande ce que tu fais encore ici, tu devrais retourner dans ta chambre pour t'améliorer et te discipliner.

Les jeunes femmes à table détournèrent le regard alors que le Maître retournait s'asseoir auprès d'elle. Décidée à ne pas subir d'autre humiliation, je me levais et retournais dans ma chambre pour reprendre mes exercices, cherchant à faire obéir mon corps à la dictature que mon Tuteur voulait lui imposer.
La scène devint coutumière, chaque matin il reprenait mes mouvements de la veille, au point que je finis par ne plus venir prendre mon petit déjeuner avec les autres. Voyant cela, le manège repris de plus bel au repas de midi puis du soir, jusqu'à ce que, ployant sous la pression et les larmes que m'imposaient ce traitement, je décidais de ne plus me joindre aux autres pour partager leur repas.