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Cette décision eut des conséquences désastreuses dont je ne m'aperçus pas tout de suite. Si j'étais la figure emblématique du Temple, celle qui était une Elue et qui représentait la face visible du lieu, mon Maître était considéré comme le sage et le représentant d'Eva par toutes les personnes qui vivaient dans le Temple. Les aspirantes finirent par me regarder étrangement, elles passaient de moins en moins de temps avec moi pour me poser des questions ou me demander des conseils, lorsqu'elles étaient avec moi pour apprendre une leçon ou une cérémonie quelconque, elles avaient du mal à cacher leur absence de motivation et leur manque de confiance en mes capacités. En me reprenant ainsi chaque jour, mon Maître me montrait comme une ratée, une pestiférée, quelqu'un en qui il ne fallait pas avoir confiance pour devenir une bonne prêtresse..
Petit à petit, les gens s'éloignèrent de moi, je passais de plus en plus de temps dans ma chambre sans avoir rien d'autre à faire que de me perfectionner, les jeunes filles désertèrent à leur tour mes leçons et je finis par me retrouver complètement emmurée dans ma solitude.
Je me sentais pitoyable, j'avais l'impression d'être la fille que mon Maître décrivait et je n'avais plus d'Elue d'Eva que le titre, l'éclat et la force que m'avait octroyé le Sombre avait finit par se dissiper complètement. Je me mis à passer le peu de temps libre que j'avais face à la grande porte du Temple. D'aucun aurait pu penser que je priais pour retrouver mes capacités, mais en réalité je ne faisais qu'espérer sa venue pour qu'il me sauve comme il l'avait déjà fait.
Perdue dans les méandres de mes pensées de plus en plus sinistres, je ne mangeais presque plus et perdis assez de force pour tomber au beau milieu d'une cérémonie de mariage que j'officiais. Si les personnes présents dans le Temple s'inquiétèrent de mon état, je n'en su rien. On m'amena à part et je fus remplacée par la plus ancienne de mes disciples. Mes forces continuant de décliner, je finis par tomber malade et perdis peu à peu ce qu'il me restait de contact avec le monde : Ma place en tant que Grande Prêtresse au sein du Temple.

Assise sur le sol de ma chambre, je ne savais plus vraiment si je pensais vraiment, si je vivais encore ou bien si tout n'était que chimères et illusions. Mes jours et mes nuits finirent par se confondre et je perdis toute notion du temps. Dans ma déchéance, je devins incapable de pratiquer toute magie, comme si Eva avait complètement déserté mon âme et m'avait abandonnée à moi-même.
Le plus dur pour moi était de constater que la vie suivait son cours, peu importait celle que j'avais été, je n'étais plus qu'un fardeau vivant cloîtrée dans une pièce au milieu d'un Temple. Dans mes moments de conscience, j'entendais celles qui avant me respectaient me traiter de folle et rire de moi lorsque je les croisais dans les couloirs.
Cessant complètement de prier Eva, je ne faisais plus qu'espérer la venue du Sombre. Un soir d'hiver, alors que la tempête faisait rage à l'extérieur, les portes s'ouvrirent avec fracas et le vent s'engouffra jusque dans ma chambre. Transportée de joie à l'idée que cela puisse être celui vers qui mon coeur et mes espoirs se tournaient, je couru accueillir l'inconnu. Celui-ci était un jeune elfe que j'avais marié quelques années auparavant. J'étais déçue mais n'en montrais rien, je lui fis un sourire que j'espérais engageant, mais il ne réagit qu'avec du dégoût, ne me reconnaissant pas. Les servantes vinrent rapidement sauver le jeune homme de cette embarrassante situation en l'emmenant loin de moi, prétendant que j'étais une folle que le Maître avait eu la bonté de recueillir.

Je retournais piteusement dans ma chambre, réalisant que je n'avais plus ma place ici et à quel point j'étais devenu une gêne. Usant de mes dernières capacités de réflexions et du peu de forces qu'il me restait encore, j'empaquetais mes affaires, tout du moins ce qu'il en restait.. Je pris conscience de l'emprise du temps sur ma vie en constatant que certaines de mes robes n'étaient plus que lambeaux et saleté. Je décidais alors de ne prendre que le nécessaire et finit mon paquet. Avant de sortir, je jetais un dernier regard à la pièce qui m'avait servi de refuge si longtemps et posais les yeux sur le lit. Hésitante, je revins en arrière et récupérais une boite en dessous de celui-ci d'où je sortis un livre, celui que le Maître m'avait offert pour que je me perfectionne. Il aurait pu servir à quelqu'un, mais c'était une chose qui avait beaucoup compté dans ma vie et je ne voulais pas la laisser là, je le rangeais dans mon sac avec plus de précaution que tout le reste.
Je sortis de la chambre, cette fois sans un regard en arrière. Je pris le temps de récupérer quelques provisions et partis affronter l'hiver.

Le froid me mordit le corps de ses dents acérées, me faisant comprendre que bien que faible et malade, j'étais encore assez vivante pour ressentir le pire. Je fus prise d'une envie soudaine de rentrer et de devenir la vieille folle du Temple, mais l'once de courage qu'il me restait me dictait de partir. Je n'avais plus d'espoir, mais il me restait encore un semblant de dignité, si je devais mourir, ce ne serait pas dans ce Temple en étant même plus l'ombre de moi-même, la neige me semblait encore un meilleur tombeau.
Continuant d'avancer, je me mis soudain à pleurer, le vent couvrait de perles givrées mes joues déjà glacées et semblait se jouer de la situation. Je me mis à hurler contre lui, à l'insulter et même à le menacer. Mais ma lutte était vaine, mon opposant trop puissant et maître en son domaine. Mes hurlements se changèrent en cris de plus en plus faibles jusqu'à devenir des gémissements plaintifs au milieu de mes larmes. Je tombais plusieurs fois avant d'abandonner complètement ma lutte contre les éléments.
Le sol était glacé tout comme ce qui m'entourait, je ne voyais rien autour de moi à part la nuit et le blanc des flocons. Je m'allongeais par terre et me recroquevillais sur moi-même avant de m'endormir pour le sommeil qui serait sans doute le dernier.