2008 août 6
Lumière Cendrée ~ Chapitre 1
02:37 - Par Isilmë - Ĭšĭĺмэ - Lien permanent
..~* Attention, ce passage fait partie d'une histoire en plusieurs chapitres, pour lire les autres billets, rendez-vous ici ! *~..
Les larmes de pluie coulaient du ciel et glissaient sur moi. Je levais une main vers les nuages, cherchant à les atteindre pour les attirer à moi, attirer la foudre divine qui pourrait s'abattre sur moi en une lumière libératrice.
Mais il n'en fut rien et après quelques minutes à rester ainsi, seule, au milieu de la plaine, je cessais d'espérer un changement dans mes journées autre que celui que rythmait la danse du soleil et de la lune.
Je repris le panier que j'avais posé au sol lorsque la pluie m'avait surprise et entrepris de récupérer encore quelques fruits sur les arbres alentours afin de le compléter. Ce n'est que d'un pas lent et hésitant que je repris le chemin de la maison, espérant encore un changement, une intervention du Destin, mais il n'en fut rien. Tout comme le ciel s'éclaircissait, les nuages chassés par le vent, mes heures s'assombrissaient pour ne laisser place qu'au silence et à la désolation..
La bâtisse qui me servait de demeure était en fait un temple, aussi grand et majestueux que ceux que l'on voyait dessinés dans les livres. J'y vivais depuis mon plus jeune âge, contrainte et forcée par ma qualité d'"Elue d'Eva", et apprenais depuis lors les sciences ancestrales et les soins nécessaires à la protection de tout un chacun.
Pourtant si la vie au milieu de l'enseignement du respect et de la bénédiction de l'autre pouvait semblait enviable à bien des personnes, il s'avérait que ce que mon tuteur estimait être mon Destin le poussait à être bien plus strict que ce qu'il aurait dû être.
Certes, je prenais grand plaisir à acquérir les bases de ce qui m'amènerait peut-être un jour à devenir l'équivalant d'une sainte, mais je me sentais étouffée par tant de rigueur.
Un bruit me fit sortir de mes pensées, mon tuteur, l'air doux, m'attendait sur le pas de la porte, il tendit les bras pour me délivrer de mon fardeau.
- Isilmë, tu aurais dû rentrer avant que la pluie ne vienne. Tu sais que je n'aime pas lorsque tu t'absentes aussi longtemps sans raison valable.
- Je suis sortie chercher quelques fruits afin d'égayer notre table, Maître.
- Laisse les servantes du Temple s'en charger, il n'est nul besoin que ta vie et tes mains soient mises en danger. Souviens-toi que tu es une des Elues d'Eva, il te faut accomplir pour elle le Destin que tu portes en ton sein.
Il fit un geste pour m'inviter à rentrer. Je lançais un dernier regard vers le paysage brillant de pluie avant d'obéir.
Nous traversâmes la nef en silence, les quelques servantes présentes s'inclinèrent devant moi et mon tuteur avant de se précipiter pour me chercher le nécessaire pour me sécher et me changer. Je m'arrêtais devant la statue d'Eva et m'inclinais devant elle en fermant les yeux, une prière muette aux lèvres. Mon tuteur respecta mon silence durant quelques minutes avant de me pousser afin que je reprenne un aspect plus convenable à ma condition.
Pendant que je m'habillais, mon Maître ne perdit pas son temps pour me rappeler les aspects importants de l'apparence en ce monde.
- Isilmë, il te faut te souvenir que tout n'est ici qu'apparence, tu ne dois jamais oublier que les fidèles viennent autant pour voir la représentation d'Eva que tu es qu'Eva elle-même. Tu ne devrais jamais te laisser aller à te montrer dans une tenue telle que celle-ci.
Il pris les vêtements que j'avais porté pour m'évader avec un air de dégout et me les montra.
- Il te faut t'en débarrasser maintenant, ton obstination à vouloir les garder n'a que trop duré et ne sied guère à ta condition.
Je laissais là l'ajustement de mes derniers voiles et tendis une main avide vers mes vêtements. Si la robe en question était simple, elle n'en restait pas moins l'un des rares présents toléré par mon Maitre que mes parents m'avaient fait parvenir. J'attrapais la robe et la tirais à moi afin de la récupérer mais il ne lâcha pas prise.
- Allons, cesse de faire l'enfant, il est temps de grandir et de laisser le temps emporter le passé.
Son regard se fit dur et je lâchais prise malgré la boule dans ma gorge qui m'empêchait de déglutir. Il confia les vêtements à une servante en lui demandant de les brûler car "nul effet de l'Elue ne devait pouvoir être touchés par un être de basse condition" puis il sortit de la pièce.
Anéantie, je m'assis sur mon lit pour réfléchir à la situation. Après quelques minutes, je me trouvais complètement ridicule de réagir ainsi pour ce qui n'était qu'un reliquat de la famille que je n'avais eu, j'avais honte d'avoir ainsi tenu tête à celui qui m'avait enseignée et qui était, au final, la seule véritable famille que j'avais. Je fus prise de remords et décidais d'aller présenter mes excuses à mon Maître dès qu'il me serait possible de le faire.
Afin de montrer ma bonne volonté, je m'astreins à me reposer et laisser les visions du futur m'atteindre comme il l'aurait décidé.
