..~* Attention, ce passage fait partie d'une histoire en plusieurs chapitres, pour lire les autres billets, rendez-vous ici ! *~..
Je
souris une dernière fois à Yualë qui me saluait d’un geste de la main en
partant de chez moi. Elle avait tellement grandi et tant changé en si peu
de temps que j’en venais à douter de mes souvenirs. Les années et nos vies
éloignées l’une de l’autre n’avaient pourtant en rien entamé sa droiture.
Lorsqu’elle était venue me trouver afin que je fabrique son pendentif, je lui
avais fait promettre de venir m’informer si elle rencontrait quelqu’un et elle
avait tenu parole.
A cette époque, nous jouions ensemble, Yualë, Arkhel et moi. Insouciants,
totalement inconscients de ce qui allait détruire ce bonheur que nous
construisions à trois. Par choix, je n’avais jamais fait peser sur elle ces
moments qui me manquaient pourtant. Malgré mon silence et sans rien savoir de
ce qu’avait été notre histoire, elle semblait parfaitement ressentir les
conséquences de notre passé commun et oublié. Elle n’avait jamais rien laissé
transparaître devant moi, me laissant agir et parler à ma guise alors que le
temps n’avait fait qu’accentuer nos différences naturelles. A plusieurs
reprises, j’avais perçu sa mélancolie, je savais à quoi elle était liée mais
n’avais rien dit car ce n’était pas là mon rôle.
Je me demandai si je ne devais pas la héler tant qu’elle était encore en vue
pour briser ce silence et lui révéler ce qu’Arkhel lui cachait. Cela la
soulagerait beaucoup de savoir ce qu’était en vérité cette vieille promesse..
Je me retins de justesse. Il devait le lui dire lui-même, je ne devais pas
intervenir.
Ne voulant plus y penser avant de rejoindre mon frère, je me détournai de la
fenêtre à travers laquelle j’observais son départ et montai rapidement les
escaliers menant à l’étage réservé à ma petite famille. Aghamyr était assis
dans un fauteuil à bascule, il se balançait doucement d’avant en arrière,
tenant entre ses bras notre fille endormie. Je les rejoignis et m’assis sur
l’accoudoir, posant ma tête sur l’épaule de mon époux afin de chercher un peu
de réconfort. Il caressa ma main avec douceur, il me connaissait bien et savait
à quel point parler à Yualë sans tout lui expliquer était éprouvant pour
moi.
- Tu vas aller voir Arkhel ?
- Il va bien falloir le faire.
- Qu’as-tu pensé de son compagnon ?
- Il s’appelle Coriolan. Ils sont bien accordés, je n’ai senti aucune
hésitation d’un côté ou de l’autre.
- Il n’y a donc plus aucun doute.
Je soupirai
- Non. Aucun.
- Au moins, les raisons de son départ sont limpides à présent.
- Exact. Il semblerait qu’il soit officier chez les Malta a Miril. Je pense
malgré tout qu’elle voulait fuir Arkhel. Il lui avait déjà forcé la main pour
qu’elle le suive jusqu’ici, ce n’était que justice qu’elle s’en aille. Je
l’avais prévenu pourtant.
- Ton frère n’en fait souvent qu’à sa tête, je l’ai assez subi lorsque nous
voyagions pour venir te voir.. Tu te sens mieux ?
Je me redressai.
- Bien mieux, ce sera plus facile à présent.
Je déposai un baiser sur la joue de ma fille puis sur les lèvres d’Aghamyr.
- Nous allons juste devoir préparer notre départ.
- Tu comptes vraiment faire le trajet jusqu’à Fondcombe dans ces conditions
?
- Arkhel ne peut pas continuer à la torturer avec cette fichue promesse. Il
faut qu’il lui dise. Elle se sent terriblement coupable, alors qu’elle n’y est
pour rien. Je sais qu’il l’a faite douter, il a tout fait pour ça. Je n’ai rien
dit jusqu’ici parce que ce ne sont pas mes affaires, mais il faut qu’il arrête
et qu’il lui dise la vérité.
Aghamyr se leva à son tour et déposa délicatement Araïva dans son berceau. Il vint m’aider à préparer nos affaires. Partir avec un enfant en bas âge n’était pas simple, je me refusais pourtant à me contenter d’envoyer une lettre à mon frère. Il avait déjà fuit une fois en acceptant ce contrat à Fondcombe pour ne pas risquer de la croiser de nouveau dans la Comté, il fallait qu’il assume ses responsabilités. J’allai le ramener, pieds et poings liés si nécessaire, et il allait tout lui raconter.
