Il y a des moments de doute dans la vie.
Ce genre de moment où on a l'impression que tout se bouscule.
Tout bascule.
En avant.
Dans une chute qui n'en finit pas.
Il y a des jours comme ça.
Où l'on ne désire plus se retenir.
Se pencher en arrière pour ne pas tomber.
Aujourd'hui en fait partie.
Je n'ai pas envie.
Je n'ai plus envie.
J'ai envie de l'écrire et non de le dire.
J'ai envie de laisser les mots m'emporter.
J'ai envie de me laisser aller.
Plonger, en avant, la tête la première.
Fermer les yeux et sentir les choses.
Vraiment.
Je n'ai pas envie de sourire aujourd'hui.
Je n'ai pas envie de prétendre.
J'ai envie d'être Moi.
Il y a un accord tacite entre les êtres pensants.
Il faut montrer ce que l'on est, mais pas trop.
Il faut dire ce que l'on pense, mais pas trop.
Il faut apprendre à demander, mais pas trop.
Il faut apprendre à donner, mais pas trop.
Mais pas trop..
Il ne faut pas trop être Soi.
Surtout pas !
Ce serait choquer et troubler les autres.
Nous vivons dans un monde édulcoré.
Il y a des moments comme ça.
Des instants que je trouve précieux.
Où je n'ai plus envie de tout ça.
Où j'ai simplement envie de dire ce que je pense.
Ce qui revient à n'être que Soi.
Je ressens cet état comme une chute.
Car quiconque ose ne pas respecter les conventions sociales.
Celles que l'on nous inculque depuis notre naissance.
Se doit te tomber, bousculé par les autres.
Puis piétiné par eux.
Je m'en fous.
Comme souvent dans ces moments, je m'en moque.
Ne m'intéresse que ce cher sentiment que je cultive.
Celui de la conscience de Soi, de ses besoins et de ses envies.
Celui de la différence.
Depuis toute petite j'ai des moments comme ça.
En total décalage avec mon entourage.
En total désaccord avec les autres coeurs.
Je me refuse de scander la même chanson.
Je veux chanter faux !
Peut-être est-ce la musique que j'écoute ?
Lorsque j'y réfléchis, j'ai deux mots qui me viennent en tête.
Mélancolie Glorieuse.
Ça n'a pas de sens.
Mais c'est pourtant ainsi que je me sens ce soir.
La seule chose qui m'emmerde en tombant c'est de ne plus voir les
étoiles.
La terre, en bas, c'est bien beau, mais ça ne fait pas rêver.
D'ailleurs, depuis quand parle-t-on du ciel de cette façon ?
Comme de la pensée qui "s'élève" ?
Comme tout plein d'autre chose d'ailleurs.
Mais non.
Nous vivons dans un monde qui nous râpe a face.
Qui nous traîne au sol et nous malmène.
Nous fait perdre des bouts de Soi.
Jusqu'à entrer dans une certaine conformité.
Plus carré, plus semblable aux autres.
Avec ces sentiments érodés par le monde.
Et cette identité comme palliatif de ce que l'on est.
Alors, que vaut-il mieux ?
N'est-ce pas se ramener vers le sol que d'accepter d'être aussi peu Soi ?
Est-ce s'éloigner du ciel que de tomber en avant ?
Que de laisser les autres décider de ce que l'on doit être ?
Je continue d'espérer.
La plupart du temps du moins.
Je continue d'envoyer ces pensées vers ce ciel si lointain.
Imaginer qu'un jour, ce sera plus simple.
Et lorsque j'ai la sensation que je vais m'élever.
Toucher du doigt tout ceci.
Quelque chose me retient, me plaque au sol.
La chute.
Encore.
C'est ça finalement.
C'est ça, s'élever.
Ne plus laisser les autres nous indiquer ce que nous devons être.
Ne plus leur permettre de nous faire tomber.
Être en accord avec Soi et plus avec les Autres.
N'y a-t-il pas un autre moyen ?
Nous avons besoin des Autres..
Nous avons été créé ainsi.
Y a-t-il un moyen de s'élever sans être tiré vers le sol par eux ?
Voici ma conclusion de ce soir.
Celle que je peux écrire avant que le temps ne calme mes pensées.
Nous vivons penchés toute notre vie.
Luttant pour être nous mêmes.
Pour nous élever vers ce ciel qui est notre espérance.
Et tiré vers le sol.
Par des milliers de bras nous ramenant vers la réalité.
Vers la Société.
L'Homme n'est pas debout.
L'Homme est penché.
Qui sait à quel moment il va tomber ?
